 | L'arc
L’Arc, la rivière qui coule au sud d’Aix-en-Provence, est plus que tout autre lieu, pour Cézanne, un havre de paix. Tout jeune déjà, avec ses amis de collège, Emile Zola et Baptiste Baille, il trouve refuge sur ses berges, à l’ombre des grands arbres qui le bordent. Le trio d’inséparables s’y adonne à la nage et à la pêche après avoir vidé des besaces pleines de victuailles. Puis, lorsque Zola quitte Aix pour Paris, en 1858, Cézanne supporte mal cette séparation. Dans leur abondante correspondance, les deux amis séparés évoquent leurs souvenirs joyeux. Cézanne prend souvent sa plume pour décrire « de l’Arc, le riant bord ».
Cézanne se baigne désormais avec d’autres amis dans la rivière. Lorsque l’atmosphère s’est soudainement refroidie, le 3 mai 1858, il écrit à Zola : « Adieu la nage. Adieu nos belles nages, Sur les riantes plages… », puis, dès que le temps se remet au beau, « Ce qu’il y a de sûr, c’est que je brûle d’aller : En plongeur intrépide, sillonner le liquide de l’Arc et dans cette eau limpide, attraper les poissons que m’offre le hasard ».
En novembre 1868, Cézanne écrit à Numa Coste : « Je travaille toujours beaucoup à un paysage des bords de l’Arc, c’est toujours pour le Salon prochain, sera-ce celui de 1869 ? »
De début août à début octobre 1906, Cézanne se rend tous les jours au bord de l’Arc. En ce mois d’août 1906, la chaleur est accablante, « elle déprime considérablement le cerveau et m’empêche de réfléchir. Je me lève matin, et ce n’est guère qu’entre cinq et huit heures que je vis ma vie propre. A cette heure là, la chaleur devient stupéfiante et exerce une telle dépression cérébrale que je ne pense même plus en peinture ». (Lettre à son fils, 3 août 1906).
Le 10 août 1906, un dénommé Rolland rend visite à Cézanne et lui propose de poser pour lui, « une figure de baigneur au bord de l’Arc – ça me souriait bien un peu, mais je crains que le monsieur ne veuille mettre la main sur mon étude ; j’ai presque envie cependant de tenter quelque chose avec lui ». (Lettre à son fils, 12 août 1906).
Pour trouver la fraîcheur qui l’apaise, Cézanne va tous les jours à la rivière, en voiture : « J’y passe quelques heures agréables. Il y a de grands arbres, ils forment la voûte au-dessus de l’eau. Je vais au lieu dit le Gour de Martelly, c’est sur le petit chemin des Milles qui conduit à Montbriant ». (Lettre à son fils, le 2 septembre 1906).
Il peint là une aquarelle « Branche d'arbre au-dessus de l'eau (le Gour de Martelly) » (R 633) - 1906, 39 x 52 cm, dont le propriétaire actuel est inconnu.
« Ici, au bord de la rivière, les motifs se multiplient, le même sujet vu sous un angle différent offre un sujet d’étude du plus puissant intérêt, et si varié que je crois que je pourrais m’occuper pendant des mois sans changer de place en m’inclinant tantôt plus à droite, tantôt plus à gauche ». (Lettre à son fils, le 8 septembre 1906). Ambroise Vollard accompagne Cézanne à l’occasion d’une de ces sorties : «j’allais avec Cézanne le long de l’Arc. Nous fuyions la chaleur, pas le moindre souffle d’air. Cézanne examina un certain endroit de la rivière, la main faisant visière à ses yeux : « Comme ce serait beau de peindre ici un nu ! »
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